Vivre ensemble: en Suisse, l’aide entre voisins connaît un boom sans précédent

Un certain nombre de facteurs subjectifs jouent un rôle prépondérant en matière de logement et de qualité de vie. Les voisins se connaissent-ils entre eux? Cette année, l’aide entre voisins et le bénévolat ont connu un essor significatif.

Lorsqu’a éclaté la crise du coronavirus, des dizaines de milliers de gens ont soudainement pris conscience des vertus d’un bon voisinage! Certaines personnes sont restées seules chez elles, se sont trouvées socialement isolées, se sentant même parfois en insécurité. Qu’il est appréciable, par conséquent, d’avoir une bonne âme dans la copropriété qui s’enquiert de votre état de santé! Celles et ceux qui devaient se prémunir d’une infection plus que les autres ont accueilli à bras ouverts cette entraide entre voisins. En très peu de temps, pas moins de 900 groupes se sont inscrits sur l’une des plateformes de volontariat initiées dans la hâte. Plus de 100 000 volontaires engagés ont organisé l’approvisionnement de ces personnes et leur ont apporté d’autres formes de soutien, tout ceci au nom de la solidarité.

L’aide entre voisins: s’épauler au quotidien

Mais qu’entend-on par «aide entre voisins», au juste?

  • Il s’agit en général d’une aide mutuelle dans la vie quotidienne: au sein du ménage, pour faire les courses, s’occuper des enfants, échanger et se rencontrer dans la résidence, pour des projets de loisirs communs, déjeuner ou cuisiner ensemble, organiser des événements, aménager le jardin et les environs, pratiquer des loisirs partagés, etc.
  • L’aide entre voisins se distingue clairement d’un emploi rémunéré ou des structures associatives trop figées. Ici, ceux qui participent le font volontairement. Mais rassurons-nous, nul n’est obligé de solliciter de l’aide, ni de participer de quelque manière que ce soit.
  • En règle générale, l’aide entre voisins est quelque chose de simple, à la portée de tous. Elle doit être pensée comme un complément des prestations et aides de l’État. Elle voit le jour localement et répond concrètement aux besoins rencontrés par les quartiers, résidences et autres villages.
  • L’aide entre voisins apporte une contribution essentielle aux relations sociales, au bien-être dans son cadre de vie et à la cohésion sociale. Lorsque les résidents se connaissent et entretiennent de bons rapports de voisinage, les choses deviennent beaucoup plus faciles.
  • Certes, l’entraide entre voisins est une aide a minima. Malgré tout, elle est souvent bien organisée et structurée. Ainsi voit-on les gens former des groupes de travail et de projet, se constituer en association, solliciter un soutien professionnel, etc.

L’aide entre voisins: le cas de la coopérative

Le bénévolat et l’aide entre voisins font partie intégrante de la culture et du vivre-ensemble au sein de l’Allgemeine Baugenossenschaft Zürich (ABZ ou litt. «Coopérative générale de construction»), la plus grande coopérative d’habitation de Suisse. «Pour que l’aide entre voisins fonctionne, l’administration doit lui offrir des espaces de liberté», explique Ariel Leuenberger, directeur de la communication de l’ABZ. La coopérative zurichoise emploie dans son agence trois professionnels qui se consacrent intégralement au travail de proximité et au bénévolat.

Certaines structures, voire certaines caractéristiques physiques, comme par exemple des jardins, des zones habitées, des locaux communs accessibles à tous ou des espaces extérieurs, sont également requises. Sans de tels espaces, difficile de prendre des initiatives et de concrétiser les idées.

L’aide entre voisins: et l’argent dans tout ça?

Nous l’avons dit, le bénévolat n’est pas un emploi rémunéré et n’est en général pas rétribué financièrement. Néanmoins, rares sont les projets qui ne nécessitent pas un budget minimum pour voir le jour. Il arrive qu’un groupe de bénévoles soit amené à engager des frais matériels ou des dépenses. En effet, certains achats ou opérations de construction sont nécessaires, par exemple pour des projets de jardins ou d’aires de jeux, pour la communication, etc. «Souvent, les coopératives allouent chaque année un budget à ce genre de projets de quartier ou autres», poursuit Ariel Leuenberger.

Ce qui a changé ces dernières années, c’est la façon dont les gens se mettent en réseau, dont ils élaborent et échangent des idées. Ainsi les plateformes numériques ont gagné du terrain chez tous les locataires. Il s’agit généralement de plateformes complètes, notamment pour l’échange d’informations, la mise en réseau des voisins et bénévoles, l’affichage des demandes et, bien sûr, pour disposer d’une plateforme de communication idéale pour l’ensemble de la résidence. «Outre les structures et conditions administratives sine qua non, c’est la communication qui, en fin de compte, joue un rôle-clé», insiste Ariel Leuenberger, de l’ABZ. En effet, si certains initiateurs souhaitent régulièrement organiser une soirée de jeux ou une rencontre dominicale, le succès ne serait qu’en demi-teinte s’ils ne pouvaient utiliser les divers canaux de communication pour informer et motiver les voisins.

La check-list avant de commencer:

Formuler l’objectif et les demandes: Que faut-il concrètement réaliser ou améliorer? Qui pourrait en bénéficier?

Groupe-cible: Quelle catégorie de personnes (âge, type de famille ou de ménage) vise-t-on? Quels sont ses intérêts?

Infrastructure: Le projet nécessite-t-il l’utilisation de certains espaces ou équipements? Est-il envisageable, dans les faits, que cette infrastructure puisse être mise à disposition (par exemple, une salle de répétition pour la musique, un jardin communautaire, un enclos pour animaux, etc.)? Sans éluder la question de savoir avec quels partenaires ou agences, internes ou externes, le groupe d’entraide souhaite coopérer.

Finances: Certaines dépenses ou coûts d’acquisition sont-ils à prévoir? Comment collecter l’argent? Quel serait le niveau du budget?

Affichage et communication: Quiconque souhaite agir dans l’intérêt général doit également le faire savoir. Une initiative personnelle, même la meilleure, ne sert pas à grand-chose si les autres ne sont au courant de rien.

Organisation et planification: Les groupes d’entraide doivent avoir une idée concrète de leur projet: s’agit-il par exemple d’une initiative sur la durée ou d’un événement ponctuel? Le temps consacré, ainsi que le nombre estimé de participants et de volontaires requis, doivent donc être précisément planifiés en conséquence. Si tout cela n’est pas rigoureusement clarifié ou discuté, la réjouissance d’un grand projet pourrait rapidement se transformer en déception. Les objectifs fixés doivent pouvoir être atteints avec un effort raisonnable.

Evaluation et analyse: Se mettre en réseau consiste également à s’interroger sur des projets et idées similaires. Quels sont les retours d’expérience? Où a-t-on rencontré des problèmes? Qu’est-ce qui a pu être mis en œuvre pour les surmonter?